Dehors

LETTRES DE MON MOULIN

(extrait)

Dehors, le vent de la nuit soufflait en éparpillant la musique des cloches, et à mesure, des lumières apparaissent dans l'ombre aux flans du mont Ventoux, en haut duquel s'élevaient les vieilles tours de trinquelage. C'étaient des familles de métayers qui venaient entendre la messe de minuit au château. Ils grimpaient la côte enchantant par groupes de cinq ou six, le père en avant, la lanterne en main, les femmes enveloppées dans leurs grandes mantes brunes où les enfants se serraient et s'abritaient.

Malgré l'heure et le froid, tous se brave peuple marchait allègrement, soutenu par l'idée qu'au sortir de la messe il y aurait, comme tout les ans, table mise pour eux en bas dans les cuisines.

De temps en temps, sur la rude montée, le carrosse d'un seigneur, précédé de porteurs de torches, faisait miroiter ses glaces au clair de lune, ou bien une mule trottait en agitant ses sonnailles, et, à la lueur des falots enveloppés de brume, les métayersreconnaissaient leur bailli et le saluait au passage :

-Bonsoir, bonsoir, maître Arnoton !

-Bonsoir, bonsoir, mes enfants !

La nuit était claire, les étoiles avivées de froid, la bise piquait, et un fin grésil, glissait sur les vêtements sans les mouiller, gardait fidèlement la tradition des noëls blancs de neige. Tout en haut de la côte,le chateau apparaissait comme le but, avec sa masse énorme de tour, de pignons, le clocher de sa chapelle montant dans le ciel bleu-noir, et une foule de peittes lumières qui clignotaient, allaient, venaient, s'agitaient à toutes les fenêtres, et ressemblaient, sur le fond sombre du bâtiment, aux étincelles courant dans les cendres de papier brûlé.

 

Alphonse Daudet

(1840-1897)

 


 




 

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