Noël interdit

NOËL INTERDIT

(extrait)

C'est noël et je n'y suis pas,

quand le feu joue avec la neige.

Les étoiles sont dans le gui.

Des sapins poussent aux fenêtres.

 

Les bœufs dressés dans les boutiques.

Viandes solennelles, parées.

Les rues se hâtent, s'ouvrent les portes.

Chacun entre, il est accueilli.

Les agneaux peints, la paille ardente.

Je m'attarde le long des murs.

Qui me dira si je me cache

ou suis exclu ?

 

C'est la nuit de la communion.

L'apparat, les préparatifs.

Le prodige inconnu promis.

L'échéance atteinte, espérance.

Minuit sonnant, tout refleurit.

Le banquet suis la table sainte.

Ils ont retrouvés leurs chansons,

Qu'ils boivent ou qu'ils prient.

 

Tous les bonheurs sont confondus,

les lumières et la musique.

Ils sont dans le duvet des anges.

Mousse et cristaux, émois pensifs,

éclat des rires, la joie pleine.

Les présents dans l'âtre apparus,

les enfants, les rois font leur fête.

Rêve et rumeur ont resplendi.

 

Je m'en vais par les quais défaits

en manteau blanc parmi la pluie,

parmi les grands hôtels perdus

dans les cours qui guettent

et sous le firmament givré,

quand je serais las d'avancer,

je m'étendrai parmi les chiens.

Leur vie vaut ma vie.

 

Je serais là sans reposer

brûler par dure absence,

brûlant sans rien faire jaillir,

sans larmes pour me consoler,

sans remords ni haine,

des paroles à ressasser

et la boisson pour compagnie.

 

Frère sans un frère ami,

sans m'aimer moi-même

amour sans personne,

sans maison pour m'éclairer,

sans bœuf pour me réchauffer,

ni un âne aux yeux lourds.

Dans la rue ou dans mon lit,

je me couche et je renaîtrai

chaque année plus froid.

Je me tiens et je me tais,

sans finir ni commencer,

sans mourrir ni être,

agité ne me dressant pas,

épars en ma terre gelée,

dans ce tombeau où me réduit

ma vie qui pas ne m'aime...

 

André Frénaud

 

 

 

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